Les femmes dans le bâtiment en Corse

Panneau 9 – E donne in a custruzzione, sò petre testimone !

Un atout en béton !

5ème panneau de l'exposition "le sens de l'égalité" en Corse

Les métiers du bâtiment ne sont toujours pas mixtes

Les femmes ont travaillé dans la construction des cathédrales dès la fin du Moyen Âge, comme en témoignent les cahiers des comptes des fabriques des chantiers. de Gérone, et en particulier ceux de l’église Sant Feliu et de la cathédrale Santa Maria, de la ville de Gérone, dans la communauté autonome de Catalogne, en Espagne. Elles exercent alors des tâches variées, même si on les retrouve davantage dans les travaux de peu de qualification. Généralement moins bien payées que les hommes, elles occupent les mêmes postes qu’eux. Elles ont souvent un lien familial avec un membre du Métier – femme, fille, nièce ou sœur –, mais certaines d’entre elles mènent leurs activités professionnelles de façon autonome, dirigeant un atelier ou travaillant sur des chantiers sans que leur mari y exerce d’activité.

Et ceci reste particulièrement vrai pour les métiers de chantiers. Un métier est considéré comme mixte quand les femmes et les hommes sont représentés entre 40 % et 60%, selon l’INSEE. Les femmes sont présentes à 0,7% dans les métiers ouvriers non qualifiés, travaux publics et 26 % pour la catégorie des ouvriers qualifiés des travaux publics en Corse.

source : INSEE base tous salariés 2021

Nous avons rencontré

Alexandra Rinieri,
conductrice de travaux

Alexandra Rinieri Conductrice de travaux - Exposition le sens de légalité en corse

Son parcours

J’ai obtenu un baccalauréat scientifique puis un (DUT) Diplôme Universitaire Technique en génie civil à l’université de Corte et un diplôme d’ingénieur dans le bâtiment spécialité énergétique à Paoli Tech toujours à Corte. Il y avait peu de filles dans les formations que j’ai suivies.

Qui a suscité cette orientation ?

Quand j’étais toute petite, je voulais faire architecte car je dessinais tout le temps des maisons. Le seul métier que je connaissais dans le bâtiment était celui d’architecte. En classe de troisième pour poursuivre cette idée, j’ai fait un stage dans un cabinet d’architecte. A l’école, j’ai toujours été bonne en mathématique alors j’ai pensé m’orienter vers les sciences.

De plus, j’avais le modèle inspirant de mon père qui était chef de travaux. C’est ainsi que j’ai aussi pu découvrir ce métier grâce à lui et en discutant avec ses collègues. Quand je lui ai annoncé vouloir travailler dans le bâtiment, il m’a laissée libre de ce choix. Ainsi, je me suis dirigée vers le métier d’ingénieur qui m’est apparu plus intéressant et plus propice à une meilleure insertion.

En quoi consiste votre métier ?

Je suis responsable de la gestion et de la préparation des chantiers, de l’organisation, de commandes de matériels, de la planification en amont du chantier, du phasage afin d’organiser au mieux les travaux du début jusqu’à la fin.

Ce métier me plait beaucoup car il m’offre la chance de bouger beaucoup et de rencontrer des personnes très différentes sur les chantiers mais aussi les clients et les fournisseurs. Enfin, construire un ouvrage c’est parfois le but d’une vie.

Est-ce plus difficile pour une fille?

Quand on pense aux métiers du bâtiment, on voit un homme avec un sac de ciment sur l’épaule. Ainsi, on peut en déduire qu’il faut de la force pour exercer cette profession et que donc les filles n’auraient pas leurs places. Alors que c’est faux. Les femmes sont bien mieux organisées et stratégiques pour se faciliter le travail. Quand j’arrive sur un chantier et que je rends visite aux équipes, je décharge avec eux les sacs de ciment, de colle… Le poids des sacs est limité à 25 kg. De plus, nous avons des monte-charges, des grues et d’autres équipements pour moins se fatiguer et donc offrir de meilleures conditions de travail. La mixité femme homme est un atout pour réfléchir à l’amélioration des conditions de travail et donc la santé au travail. Conclusion, les femmes aussi peuvent le faire.

L’autre facette de mon métier est de piloter des équipes sur le chantier. C’est là qu’on doit faire dès le début ses preuves en montrant qu’on maitrise la connaissance des métiers de la construction. Une fois cette légitimité acquise par la preuve, ça n’est pas plus difficile pour une fille.

Quelles sont les qualités pour exercer ce métier ?

Avoir du caractère, être très organisé et débrouillard.

Quels conseils donneriez-vous aux filles?

Le bâtiment offre toute une palette de métiers très riches. Je dirai aux filles comme aux garçons qu’on y fait de belles réalisations dont on peut être fiers mais que ça nécessite beaucoup de travail. Si on aime construire des choses, il faut y aller. Sur le terrain, par l’expérience, on apprend aussi le métier à condition d’être curieux et d’oser dire quand on ne sait pas, quand on ne comprend pas.

Idées reçues


Les filles ne peuvent pas travailler dans le bâtiment car elles ne sont pas assez musclées.


Les filles ont peur de se salir alors elles n’aiment pas les métiers du bâtiment.


Les filles ne comprennent rien à la technique, donc elles n’ont pas leurs places sur un chantier.

Débats

La sociologue Stéphanie Gallioz a présenté dans ses travaux de recherche ce qui suit au sujet de la force physique et la fragilité féminine : les métiers de chantier apparaissent particulièrement inaccessibles aux femmes du fait de leur pénibilité […] Dans le secteur du bâtiment, le critère de pénibilité du travail est construit principalement autour du recours à la force physique. De fait, celle-ci reste dans le bâtiment un élément structurant de l’identité sexuée de la main-d’œuvre. Le genre du bâtiment est masculin et cela parce que les conditions d’exercice du travail y sont déclarées et construites comme physiquement pénibles. La féminisation des entreprises du bâtiment : le jeu paradoxal des stéréotypes de sexe. Sociologies pratiques, 14, 31-44. p. 33. https://doi.org/10.3917/sopr.014.0031.

Aussi, cette mise en avant de la force physique dans le secteur du bâtiment induit le phénomène de stéréotypes positifs (pour les hommes) et négatifs (pour les femmes). Des stéréotypes positifs : c’est un métier pour les hommes car les hommes sont forts. Certes la force physique est nécessaire, mais cela ne doit pas être un préjugé genré car tout être humain est libre de développer ses propres aptitudes et de procéder à des choix, indépendamment des restrictions imposées par les rôles réservés aux femmes et aux hommes.